Aller au contenu

Le Millepertuis

millepertuis fermier et dépression

Résumé

Revue bibliographique sur les différents modes d’extraction des principes actifs du Millepertuis dans le but de faire le tri entre les différentes utilisations possibles des formes galéniques variées de cette plante. Comparaison des sources d’approvisionnement pour les différentes formes galéniques les plus couramment utilisées, ainsi que détail des contre-indications dans l’objectif pratique d’aider à une utilisation efficace de la plante.

1. Description botanique

La plante est une vivace herbacée à tige dressée et rameuse « pouvant atteindre 60 cm » (wichtl m. & anton r. – 2003).

1.1 Fleurs

Les fleurs sont jaunes, hermaphrodites, en cymes et présentent 5 sépales lancéolés aigus et 5 pétales bordés de poils sécréteurs noirs. « La surface des pétales présente de nombreuses ponctuations foncées ou des stries (poches sécrétrices schizogènes) ». L’androcée se compose de « 3 lames staminales divisées en de nombreuses étamines caractéristiques » et le gynécée de « trois carpelles surmontés de styles rouges » (wichtl m. & anton r. – 2003).

Fig 1 : Fleur de Millepertuis d’après Harry Rose from South West Rocks, Australia – Hypericum perforatum flower3CC BY 2.0 – https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Hypericum_perforatum_flower3_(14609481586).jpg

1.2 Feuilles et tiges

« Vert-clair à vert-brun, ovoïdes-elliptiques, pouvant atteindre 3,5 cm de long, souvent plissées et ridées », « les feuilles sont opposées, sessiles, ponctuées de glandes translucides à l’aspect de petits trous […]. La tige pourvue de 2 côtes longitudinales est une caractéristique servant à la différenciation avec les autres espèces d’Hypericum » (wichtl m. & anton r. – 2003). Ces côtes sont disposées en quinconce à chaque nœud (thévenin – 2012).

1.3 Racines

Le millepertuis possède des racines stolonifères, qui permettent la multiplication de la plante (schneider a. & laberge d. – 2007).

1.4 Fruit et graines

Le fruit est une capsule ovoïde septicide à 3 loges (wichtl m. & anton r. – 2003) qui restent souvent visibles jusqu’au printemps suivant sur les rameaux desséchés e roussis. Les graines sont très nombreuses et très petites (thévenin – 2012).

Fig 2 : Planche botanique, a plante entière, b fleur, c androcée et gynécée, d détail d’une feuille

D’après Martin Cilenšek – Naše škodljive rastline (1892) https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Nsr-slika-365.png

Fig 3 :diagramme floral du Millepertuis (MORIN – 1999)

2. L’écologie de la plante

2.1 Culture

Le millepertuis aime surtout les sols peu fertiles et sablonneux, donc le sol doit être bien drainé, sinon, il risque le gel et la rouille (schneider a. & laberge d. – 2007). Le PH du sol doit être suffisamment élevé (6,5) pour éviter l’absorption du cadmium, un métal-lourd que le millepertuis tend à accumuler, et il vaut mieux éviter l’excès d’azote qui a un effet négatif sur les substances actives. La germination se fait à la lumière et est très lente et hétérogène (beiser – 2013).

2.2 Cueillette

A peu près au moment du solstice – et jusqu’à la fin de l’été – on peut cueillir le millepertuis en « pinçant » les inflorescences à 2 ou 3 cm avec les doigts ou au couteau, ou bien couper la sommité fleurie entière aux ciseaux à 5 ou 10 cm. Cette dernière méthode est plus productive mais alors la drogue obtenue renferme plus de tiges. L’intérieur des mains se tache rapidement et il faut faire attention à ne pas étaler cette substance brun-rouge sur des surfaces de la peau très exposées au soleil à cause la photosensibilisation induite par l’hypericine qu’elle contient (thévenin – 2012).

2.3 Habitat naturel

Le millepertuis pousse en touffes dans toute l’Europe, et Asie, dont il est originaire, ainsi qu’en Afrique du Nord, en Amérique du Nord depuis environ 1750 – où il est considéré en de nombreux endroits comme une plante envahissante (schneider a. & laberge d. – 2007) et en Asie. Il fleurit tout l’été jusqu’en octobre (mulot m.a. – 1984) (rolland – 2015) et pousse généralement sur le bord des chemins, dans les prés secs, les coupes forestières récentes, bref là où le sol est sec et qu’il y a beaucoup de lumière. En effet, « la levée de dormance de sa graine est directement liée à une insolation forte ». C’est une plante pionnière qui disparaît si la concurrence autour d’elle pour la lumière devient trop importante (thévenin – 2012).

Fig 4 : La répartition mondiale du Millepertuis d’après Fritzmann2002 – Own work CC BY-SA 4.0 – https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Distribution_of_Hypericum_perforatum.png

2.4 Classification APG IV

Règne : Plantae

Embranchement : Magnoliophyta

Classe : Magnioliopsida

Ordre : Malpighiales

Famille : Hypericaceae

Genre : Hypericum

Espèce : perforatum

3. Intérêt médicinal

3.1 Substances présentes et principes actifs

Les substances présentes dans la plante comprennent des Naphtodianthrones, dont l’hypericine, des dérivés du phloroglucinol, « surtout l’hyperforine », des flavonoïdes, tels l’hyperoside et le rutoside, et des biflavones. La teneur maximale en hypéricine est obtenue « au moment du plein épanouissement des fleurs », celle en hyperforine, « dans les fruits mûrs »(wichtl m. & anton r. – 2003). Marie-Antoinette Mulot nous indique que l’hypericine est un colorant rouge (mulot m.a. – 1984). La plante contient aussi 6 à 15% de tannins (rolland – 2015).

Fig 5 : la couleur caractéristique d’après Holger CasselmannCC BY-SA 3.0 – https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Hypericum_perforatum_HC1.

3.2 Propriétés

« Apéritif, antiseptique, balsamique, astringent pectoral, sédatif, diurétique et cicatrisant », il lutte contre « la dyspepsie et l’hyperacidité gastrique » (d’Hennezel-Whitechurch M. – 2007). Max Wichtl et Robert Anton citent également un usage populaire dans les pathologies biliaires. Les Cahiers de l’Agence du médicament de 1998, cités par Max Wichtl et Robert Anton, parlent d’un effet antalgique dans les affections de la cavité buccale et/ou du pharynx » sous forme de collutoire ou de pastilles (wichtl m. & anton r. – 20xx). Enfin, Marie-Antoinette Mulot ajoute à ces indications les « cas de catarrhe, d’asthme », « d’entérite, de cystite, d’hydropisie, d’énurésie », « de congestion du foie, de métrite et d’ovarite » et insiste sur sa valeur en tant qu’antiseptique en cas de bronchite chronique, asthme sur-infecté, de cystite, ainsi qu’en tant que vasodilatateur artériolaire en cas d’artériosclérose cérébrale (mulot m.a. – 1984). Une utilisation populaire est retrouvée dans les rhumatismes et particulièrement la goutte, ainsi qu’en tant qu’anti-diarrhéique (rolland – 2015).

Il est également anti-inflammatoire et fébrifuge, ainsi qu’antidépresseur. C’est un inducteur de la sérotonine et de la dopamine et il facilite « la concentration physiologique du sodium, du zinc et du calcium » (bofelli i. & bruno i. – 2017) et possède des effets anxiolytiques et antipanique (rolland – 2015).

Moins connues, les propriétés de réduction de la consommation d’alcool ont été démontrées sur des rats pour une dose de 400mg/kg/jour et sont transposables à l’être humain (rolland – 2015).

3.3 Substances particulièrement étudiées pour leurs effets sur le système nerveux

« L’hypericine inhibe la recapture de la sérotonine et de la noradrénaline […], mais aussi la recapture de la dopamine, du GABA et du L-glutamate», mais l’hyperforine semble être le constituant actif et les flavonoïdes et biflavones jouent également un rôle, ce qui milite en faveur de l’utilisation du totum de la plante (wichtl m. & anton r. – 2003).

Après avoir été constatée in vitro, l’activité antidépressive de l’hypericine via l’inhibition de monoamines oxydases a été remise en question par des études cliniques non concluantes, de plus elle est peu absorbée et ne traverse pas la barrière hémato-encéphalique (rolland – 2015). En revanche, l’hyperforine, composé lipophile le plus abondant de la plante, « inhibe la recapture des neuromédiateurs à des concentrations nanomolaires ». Les flavonoïdes quant à eux inhibent les monoamines oxydases in vitro, bref pour l’heure l’effet antidépresseur semble résulter de plusieurs mécanismes complémentaires et ceux-ci ne sont pas exactement élucidés (rolland – 2015).

Fig 6 : L’hyperforine, structure chimique d’après KreecherCC BY-SA 4.0https://commons.wikimedia.org/wiki/File:BPAPs_Hyperforin.png

3.4 Propriétés et actions thérapeutiques sur le système nerveux

La méta-analyse de 2005 étudiant et regroupant 37 essais cliniques avait pour objectif de comparer millepertuis et placebo mais aussi millepertuis et antidépresseurs actuels. « Dans l’ensemble des essais cliniques étudiés, le millepertuis était plus efficace que le placebo ». D’autre part son activité est « comparable aux antidépresseurs » quoiqu’ »uniquement dans les dépressions légères à modérées », son effet dans les symptômes majeurs étant « minime ». Il est aujourd’hui utilisé pour traiter la dépression, l’anxiété, les névralgies, la fibromyalgie et l’excitabilité (rolland – 2015).

3.4.1 Le cas particulier de l’huile de Millepertuis : substances présentes et principes actifs

Il s’agit de la macération huileuse des sommités fleuries.

Elle « ne renferme pas d’hypéricine, mais des […] flavonoïdes, de l’hyperforine, ou également de l’orthoforine (wichtl m. & anton r. – 2003). Son activité est attribuée à l’hyperforine (rolland – 2015), mais il doit y avoir tout de même suffisamment d’hypericine dans l’huile pour qu’elle adopte sa couleur rouge si caractéristique.

3.4.2 Propriétés et actions thérapeutiques

Elle est cicatrisante, antiseptique et « calmant de la douleur ». Ce qui la destine a être utilisée « pour les écorchures, les contusions, les foulures, les irritations […], les plaies qui guérissent difficilement, les ulcères variqueux, les brûlures» (d’Hennezel-Whitechurch M. – 2007), ce qui est confirmé par des études sur l’hyperforine, qui possède une activité antibactérienne contre « des souches de staphylocoques dorés résistantes et des bactéries à Gram positif », « à de fortes concentration » – par contre elle n’est pas efficace sur la croissance de bactérie Gram -négatives (ex : Escherichia coli) ou de Candida albicans. Ce serait en revanche l’hypericine qui serait à l’origine des propriétés anti-inflammatoires (rolland – 2015) Les Cahiers de l’Agence du médicament de 1998 y ajoutent des propriétés antiprurigineuses et adoucissantes et le présentent comme trophique protecteur également pour les crevasses, les gerçures, les piqûres, les coups de soleil et les érythèmes fessiers. La monographie de la Commission E allemande parue en 1984 parle également du traitement des myalgies et de propriété antiphlogistiques, mais aussi par voie interne de l’action des préparations huileuses dans les troubles dyspeptiques (wichtl m. & anton r. – 2003). Marie-Antoinette Mulot ajoute à cette liste « la goutte, les rhumatismes » et en résumé la propriété d’être « un merveilleux vulnéraire » (mulot m.a. – 1984).

Associations possibles en tant que vulnéraire : absinthe, angélique, sauge, mélisse, fenouil, l’hysope, marjolaine et arnica (mulot m.a. – 1984).

4. Les utilisations thérapeutiques et pratiques

4.1 Historique et géographie de l’utilisation de la plante

En 1525, Paracelse, médecin suisse dit reconnaître le millepertuis pour soigner dépression, mélancolie et hyperexcitabilité (rolland – 2015).

Au XVI ième siècle, le Docteur REMBERT DOEDENS affirme que son utilisation de cantonne au soin de la « fciatique, c’eft à dire douleur de hanches », ainsi que pilée pour les brûlures et macérée dans du vin pour la consolidation des plaies (rembert doedens d. – 1557). Ambroise PARÉ en parle également au sujet du nettoyage des plaies (Paré a. – 1595).

Dans les années 1900, Paul HARIOT rapporte l’utilisation exclusive de la plante comme stimulant et balsamique, pour les catarrheux des poumons ou de la vessie, sous forme d’infusion (30g/l). Il parle aussi de propriétés vulnéraires, diurétiques, emménagogue et vermifuges, propriétés qui n ‘étaient à l’époque pas « nettement reconnues ». Il évoque néanmoins un alcoolat destinée à « prévenir la suppuration des coupures » et une huile de millepertuis (hariot p. – 1909).

Dans les années 1990-1999, les résultats de nombreuses études ont conduit à une utilisation accrue « dans les formes plus ou moins légères de dépression […] dans les troubles psychovégétatifs, les états d’anxiété et en cas d’agitation d’origine neurologique »(wichtl m. & anton r. – 2003). Les spécialités pharmaceutiques, la demande, la culture industrielle de la plante connaissent un essor important et sont suivis – victimes de la crainte de la concurrence pour les antidépresseurs chimiques ? – d’une interdiction de commercialisation en France, Allemagne et Belgique (thévenin – 2012)… En 2000, des études ayant démontré des interactions avec certains médicaments à risque important, l’agence française de sécurité sanitaire des produits de santé a diffusé l’information, tout en recommandant aux patients de ne pas arrêter brutalement leur prise. Contrairement à ces conseils de bon sens, la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) à interdit le produit, ce qui a conduit à des situations difficiles pour les patients, obligés de négocier leur traitement avec leur pharmacien. En mars 2002, les fabricants de gélules ont enfin été invités à demander une autorisation de mise sur le marché (Lexpress.fr – 2002).

C’est également en 2002 que l’Agence du médicament reconnaît l’indication du millepertuis pour « les manifestations dépressives légères et transitoires de l’adulte », alors que précédemment, seules ses utilisations dermatologiques externes étaient indiquées. La Commission E allemande va plus loin et depuis plus longtemps en reconnaissant à la plante dès 1984 une indication dans le traitement de l’anxiété, de la dépression – sans précision de gravité – et de l’insomnie (rolland – 2015)

4.2 Galénique 

La dissolution des constituants phénoliques du Millepertuis a été étudiée par Adolf Nahrsted et Guido Jürgenliemk. Ils ont déterminé que l’hypericine se dissolvait assez correctement dans l’eau, d’autant plus qu’elle était accompagnée d’autres constituants phénoliques typiques de la plante et à fortiori les hyperosides, ce qui constitue un encouragement supplémentaire à utiliser le totum de la plante. Il leur est également apparu que l’hyperforine se dissolvait très peu dans l’eau, car c’est un composé lipophile (nahrsted a. & Jürgenliemk j. – 2002).

Ces informations tendent à faire penser que la meilleure extraction totale serait réalisée dans une solution hydroalcoolique, car celle-ci permettrait de dissoudre à la fois les composés hydrophiles et lipophiles.

Fig 7 ; Rendement des constituants phénoliques dans une infusion préparée à partir de Millepertuis, en pourcentage de la quantité présente dans la drogue brute ; Les valeurs de 100% sont présentées entre parenthèses après chaque constituant mesuré.

L’infusion de millepertuis serait plus sédative qu’antidépressive, l’hyperforine n’étant pas soluble dans l’eau. Les formes à privilégier pour les pathologies relatives au système nerveux sont les teintures hydroalcooliques, les extraits alcooliques ou la poudre totale (rolland – 2015).

L’huile, elle, « ne renferme pas d’hypéricine, mais des […] flavonoïdes, de l’hyperforine, ou également de l’orthoforine (wichtl m. & anton r. – 2003). Son activité est attribuée à l’hyperforine (rolland – 2015), mais il doit y avoir tout de même suffisamment d’hypéricine dans l’huile pour qu’elle adopte sa couleur rouge si caractéristique.

4.3 Modalités de prise

4 cuillères à soupe de plante sèche – selon Marie-Antoinette Mulot – par litre infusés pendant 10 minutes à la fréquence de 3 ou 4 tasses par jour ou 1 ou 2 gélules avant chaque repas, selon Isabelle Bofelli et Isabelle Bruno (mulot m.a. – 1984) (bofelli i. & bruno i. – 2017). Max Wichtl et Robert Anton parlent de trois prises par jour au maximum 15 jours sans avis médical et citent la Commission E allemande qui conseille une dose journalière de 2 à 4 g de plante par jour – soit 0,2 à 1,0 mg d’hypericine – , ainsi que l’Autorisation standard allemande qui indique 2 cuillerées à soupe rases infusées 10 minutes dans 150 ml d’eau bouillante, préparée fraichement deux fois par jour. Cette dernière parle d’une durée minimale de traitement de plusieurs semaines pour obtenir un effet (wichtl m. & anton r. – 2003).

La dose pour obtenir un effet antidépresseur est de 900mg d’extrait sec en trois prises – extraits standardisés à 0,2 – 0,3% d’hypericine. La teinture mère peut être utilisée « à raison de 50 gouttes deux fois par jour ». La durée minimale d’utilisation pour obtenir un effet est de 4 à 6 semaine, à cause des faibles biodisponibilité et pénétration hémato-encéphalique des constituants (rolland – 2015).

Le moment de la prise semble plus propice avant chaque repas, selon Isabelle BOFELLI et Isabelle BRUNO (bofelli i. & bruno i. – 2017) ou avant ou pendant les repas, selon Marie-Antoinette Mulot (mulot m.a. – 1984).

4.4 Les différentes formes galéniques

4.4.1 La teinture de millepertuis

La fabrication des teintures-mères de l’industrie pharmaceutique implique une extraction au 1/10, par l’alcool à 80%, c’est à dire réalisé de telle manière que la masse de l’extrait obtenu est égale à 10 fois celle de la matière séchée équivalente à celle de la matière fraiche impliquée dans la réalisation.

Les alcoolatures réalisées par des producteurs respectant les cahiers des charges de l’agriculture biologique, à fortiori ceux de Nature et Progrès et du syndicat des SIMPLES, copient ce mode de fabrication, en y ajoutant des exigences concernant le mode de culture de la plante (pas d’intrants, attention à l’environnement de cueillette sauvage le cas échéant) et la qualité des excipients (alcool biologique). S’ajoute souvent à cela le choix de l’exclusion de la réfrigération (le trempage de la plante dans l’alcool est réalisée immédiatement) (escriva c. – 2015) (Nature et Progrès – 2005) (Syndicat des SIMPLES – 2015).

Producteurs d’alcoolatures biologiques vendues en ligne (sites ne proposant que des produits bio) :


Cahier des chargesConcentration en alcoolPosologie journalière conseillée (gouttes)PrixNb de jours à la posologie moyenne avec 50 ml
http://www.herbiolys.frNature et Progrès Biologique19%, mélange initial d’alcool et d’eau2*15, cure de 21 jours*11,65E /50ml21
http://legattilier.comNature et Progrès, Demeter (biodynamie) et Biologique
Variable, autour de 3*2016,3E /50ml10
www.fermedesaussac.frSIMPLES et Biologique80% au départ, 40% d’alcool au final3*20 (de 15 à 150 )7E /50ml10
http://biosimples.comProducteur, BiologiqueConcentréesAutour de 1 par 10 kg de poids corporel12,50E /50ml105
https://www.dietanat.com/Laboratoire, Biologique2Ml d’alcool à 70° soit 10Ml d’alcool à 14° pour 100 gouttes
17,9E/125ml
https://www.herboristerieduvalmont.comHerboristerie certifiée bio !
3*20 à 306,50E/50ml10

*d’où 1 ml = environ 13 gouttes

4.4.2 Le vin de Millepertuis

Il est réalisé par macération pendant 10 jours de 40 g de plante par litre de vin, et utilisé à raison de « 2 verres à liqueur entre les repas » (mulot m.a. – 1984).

4.4.3 Le vinaigre de millepertuis

Remplir un bocal de vinaigre de cidre bio avec deux tiers de sommités fleuries cueillies par une journée ensoleillée, placer à l’ombre pendant un mois et remuer régulièrement, puis filtrer. Utiliser 7 à 21 gouttes dans de l’eau trois fois par jour avant les repas pour l’équilibre nerveux, l’immunité et une bonne digestion (schneider a. & laberge d. – 2007).

4.4.4 Les spécialités pharmaceutiques disponibles en 2019

Elles sont fabriquées à partir d’extraits secs alcooliques.


Quantité de millepertuis par dose unitaire, nombre de gélulesPosologie journalière, soit quantité de millepertuis équivalenteLaboratoire exploitant
Arkogélule Millepertuis185 mg, 42 gélules2 à 3, 370 à 555 mgArkopharma
Elusanes Millepertuis300 mg, 30 gélules2 à 3, 600 à 900 mgPierre Fabre médicaments
Euphypertuis500 mg, 30 gélules, contient du lactose1, 500mgBayer santé familiale
Millepertuis Pileje300 mg, 40 gélules1 à 3, 300 à 900 mgPileje
Mildac 300300 mg, 40 gélules, contient du lactose1 à 3, 300 à 900 mgMerck médication familiale
Procalmil250 mg, 30 gélules2, 500 mgArkopharma
Prosoft300mg, 30 gélules, contient du lactose2 à 3, 600 à 900 mgR et D pharma

(DOCTISSIMO – 2019).

Ces spécialités sont toutes destinées à la dépression légère. La posologie maximale de plusieurs d’entre elles n’est pas suffisante pour avoir un effet car largement en dessous des 900 mg préconisés pour combattre la dépression. Seules Elusanes et Pileje présentent un dosage adapté et pratique, sans contenir de lactose. A la même date, 30 médicaments sont recensés en Suisse, avec un éventail thérapeutique beaucoup plus large, allant du soin de la peau à la ménopause (COMPENDIUM – 2019) et plus d’une cinquantaine en Allemagne (wichtl m. & anton r. – 2003).

4.4.5 L’huile de millepertuis

La macération huileuse des sommités fleuries est effectuée pendant une durée variable selon les auteurs :

500g de fleurs fraiches par litre d’huile d’olive pendant 27 jours (d’Hennezel-Whitechurch M. – 2007) ou 7 semaines (mulot m.a. – 1984). On peut également ajouter ½ litre de vin blanc au mélange initial, limiter la macération à 7 jours et la terminer par un bain-marie jusqu’à évaporation totale du vin (mulot m.a. – 1984). Pour une bonne conservation, il convient de répartir l’huile produite dans des flacons de 10 à 20cl (lieutaghi – 1996).

Fig 8 : Macération de millepertuis dans l’huile d’après Holger CasselmannCC BY-SA 3.0 – https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Hypericum_perforatum_oil_extraction_HC1.JPG

4.5 Résumé par système des formes galéniques, des propriétés et des indications :

Système nerveux, prise par voie interne : teinture

sédatif, antidépresseur, anxiolytique, antipanique

  • dépression légère à modérée,
  • anxiété, excitabilité,
  • alcoolisme,
  • insomnie,
  • énurésie

Système nerveux, voie externe : huile macérée ou teinture non diluée

calmant de la douleur, anti-inflammatoire

  • névralgies, myalgies,
  • fibromyalgie
  • foulures

La peau : huile macérée ou teinture diluée

antivirale, cicatrisant, antiseptique (antibactérien : staphylocoque doré et bactérie Gram+), anti-inflammatoire, antiprurigineux, adoucissant, trophique protecteur, antiphlogistique,

  • écorchure, contusions, plaies guérissant difficilement
  • irritations, crevasses, gerçures, piqures,
  • ulcères variqueux,
  • coups de soleil, érythème fessiers, brûlures
  • herpès

Système digestif : huile macérée (ingérée ou en lavements)

apéritif, anti-diarrhéique

  • dyspepsie, acidité gastrique,
  • pathologies biliaires,
  • affections de la cavité buccale et/ou du pharynx,
  • catarrhes, entérite,
  • congestion du foie

système locomoteur, usage interne (teinture) et externe (huile macérée) :

calmant de la douleur, facilite la concentration physiologique du calcium

  • goutte, rhumatismes
  • myalgies

système génito-urinaire (femmes et hommes), usage interne : teinture

diurétique, antiseptique, anti-inflammatoire, fébrifuge

  • cystite, hydropisie, énurésie
  • métrite, ovarite

4.6 Contre-indications, interactions négatives

4.6.1 Contre-indications

Les contre-indications de la plante apparaissent dans un communiqué de l’Agence Française de Sécurité Sanitaire des produits de Santé de 2000 (devenue depuis ANSM Agence Nationale de Sécurité du Médicament et des produits de santé) qui mentionne des cas d’interactions avec des médicaments à faible marge thérapeutique, « probablement liées à une induction enzymatique du cytochrome P450 » ou « une induction de la glycoprotéine P, ce qui conduit à la diminution des concentrations plasmatiques et de l’effet thérapeutique ». « A l’inverse, l’interruption brutale de la prise du Millepertuis peut entraîner une augmentation des concentrations plasmatiques de ces médicaments ». Ces informations ont atteint le corps médical et le public via le journal officiel du 02/03/2002 (wichtl m. & anton r. – 2003). Ces interactions sont pharmacocinétique, c’est à dire concernent le métabolisme, l’assimilation et l’élimination d’autre médicaments. Il s’agit des antivitamines K, de la ciclosporine, des antirétroviraux inhibiteurs de protéases et inhibiteurs non nucléosidique de la transcriptase inverse (VIH) (wichtl m. & anton r. – 2003), tous médicaments dont la dose administrée doit être précise et dont l’absence d’effet peut avoir des conséquences graves pour les patients. Le millepertuis augmente l’activité d’enzymes responsables de la métabolisation des médicaments dans le foie (cytochromes 3A4 2E1 et 2C19) ainsi que l’activité de transporteurs membranaires intestinaux responsables de leur élimination (P-glycoprotéine ou P-gp). Ces effets concernent de plus les anticonvulsivants, le sirolimus et le tacrolimus, la digoxine, l’irinotécan et la théophylline, se manifestent au bout de 10 jours et dépendent de la quantité d’hyperforine utilisée (rolland – 2015).

Associations contre indiquées, interactions pharmacocinétiques (rolland – 2015)  :


Risque en cas d’association
Anticoagulants orauxRisque d’évènement thrombotique
Anticonvulsivants : éthosuximide, felbamate, fosphénytoïne, lamotrigine, phénobarbital, phénytoïne, primidone, tiagabine, topiramate, acide valproïque, valpromideBaisse de l’efficacité
Contraceptifs oraux : estroprogestatifs, progestatifsBaisse de l’efficacité
DigoxineDécompensation d’une insuffisance cardiaque
Immunosuppresseurs : ciclosporine, sirolimus, tacrolimusRejet de greffe
Inhibiteurs de protéase : amprénavir, atanazavir, fosamprénavir, indinavir, lopinavir, nelflavir, ritonavir, saquinavirBaisse de l’antirétrovirale
IrinotécanEchec du traitement cytotoxique
ThéophyllineSurvenue d’un trouble ventilatoire obstructif

Associations déconseillées, interactions pharmacocinétiques (rolland – 2015) :

CarbamazépineConvulsions
TélithromycineEchec du traitement anti-infectieux

Associations nécessitant des précautions d’emploi, interactions pharmacodynamiques  (rolland – 2015) :

Antidépresseurs inhibiteurs de la recapture de la sérotonine : citalopram, fluoxétine, fluvoxamine, paroxétine, sertraline)Apparition d’un syndrome sérotoninergique
IMAO (iproniazide, moclobémide, toloxatone)Apparition d’un syndrome sérotoninergique
LinézolideApparition d’un syndrome sérotoninergique
PropafénoneBaisse de l’efficacité

Est également déconseillée la prise concomitante de Millepertuis et de digoxine, théophylline, carbamazépine, télithromycine, phénytoïne et contraceptifs oraux, ainsi que les antidépresseurs inhibiteurs des recapteurs de la sérotonine et IMAO, et les antimigraineux de la famille des triptans pour des raisons d’interaction pharmacodynamique (addition d’effets) conduisant à des « effets indésirables de type syndrome sérotoninergique ». Ce syndrome associe « des nausées, vertiges, cephalées, anxiété, douleurs abdominales, agitation, confusion mentale » mais il peut y avoir aussi des diarrhées, des manifestations motrices (tremblements, rigidité…) et végétatives (variations tensionnelles, tachycardie, frissons, hyperthermie, sueurs…) (wichtl m. & anton r. – 2003) (rolland – 2015).

Il est préférable de ne pas utiliser la plante pendant l’enfance, la grossesse et l’allaitement « par mesure de précaution »(wichtl m. & anton r. – 2003). Une étude avec des femmes allaitantes est allée plus loin et a montré plusieurs effets indésirables chez des nourrissons allaités et une autre avec des femmes enceintes n’a pas montré de malformations postnatales (rolland – 2015).

4.6.2 Effets indésirables

Le risque de photosensibilisation lié à l’hypericine en cas d’exposition intense aux rayons UV (soleil d’altitude, solarium, bains de soleil prolongés) est mentionné. Cette photosensibilité « se traduit par des inflammations type « coup de soleil » des parties exposées » (wichtl m. & anton r. – 2003). Ces cas sont néanmoins corrélés avec l’utilisation de doses très supérieures à celles recommandées (4 fois) (rolland – 2015). Aux posologies usuelles, la plante n’a pas d’effet photosensibilisant, d’après le Dr Brockmoller cité par Thierry Thévenin (thévenin – 2012).

Quelques effets secondaires divers mais sans gravité semblent également exister : nausées, fatigue, étourdissements, agitation et réactions allergiques. Ils sont néanmoins de loin moins importants que ceux des antidépresseurs chimiques (rolland – 2015).

5. Ethnobotanique :

Allemand : Johannesblut, Joanniskraut

Occitan : lo trisgalan, l’èrba do toneire

Grande bretagne : St John’s wort

5.1 Origine

Plusieurs hypothèses ont été émises sur l’origine du nom latin de la plante : les mots grecs « hyper » signifiant « sur » et « eikon » image », ce qui se réfèrerai à l’ancienne coutume consistant à suspendre la plante au-dessus d’images pieuses pour chasser le diable de la maison, mais aussi les mots « hypo », signifiant « sous » et « erikè » désignant la bruyère, ce qui décrirait le lieu où pousse la plante (rolland – 2015).

5.2 Légendes et utilisations rituelles

Le millepertuis serait sorti de terre lors de la décapitation de Saint Jean, ce qui lui aurait valu son nom anglo-saxon St john’s wort ou herbe de Saint jean (schneider a. & laberge d. – 2007).

D’autre part le millepertuis étant censé éloigner les mauvais esprits, une légende affirme que c’est le diable en colère qui l’aurait troué avec une aiguille (beiser – 2013).

Les noms populaires utilisés pour désigner la plante sont liés à la fois à une utilisation sur les brûlures et les piqures, mais sont aussi relatifs à la protection contre le mal : « herbe aux piqûres », « herbe aux brûlures », « chasse-diable », « herbe aux fées », « fuga daemonum ou fuite des démons ». Cela viendrait de l’odeur que dégage la plante froissée, proche de l’encens, « parfum réservé à la divinité », qui permettrait de se protéger « contre les sorciers, les démons ». Pour ce faire, on accrochait une branche de Millepertuis à la porte le jour de la Saint-Jean. Dans la même veine la plante fut utilisée pour exorciser le démon des personnes possédées (mulot m.a. – 1984).

Conclusion

Cette revue bibliographique m’a permis de découvrir de nombreuses sources, ainsi que la difficulté de les hiérarchiser. Cela m’a également permis de m’interroger sur l’actualisation nécessaire de mes connaissances en matière de phytothérapie. Je me suis plongée avec délices dans des thèses de la faculté de pharmacie, mais aussi dans les modes de fabrication afin de déterminer les formes galéniques les plus intéressantes, ainsi que dans le détail des contre-indications et la diversité des indications pour cette plante. Le sujet reste à peine effleuré mais j’ose espérer avoir rassemblé des informations permettant d’affiner le conseil autour du Millepertuis.

Bibliographie

Beiser r. – 2013. Créer un jardin de plantes médicinales. Editions Ulmer, Paris. 144p.

bofelli i. & bruno i. – 2016. Phytothérapie L’essentiel du bien être au naturel. Estella Gráfica ; Espagne. 256p.

compendium, Base de donnée des médicaments en Suisse, recherche pour le principe actif Millepertuis. Disponible [en ligne] sur <http://compendium.ch/search/all/millepertuis/startwith/fr?Platform=Desktop> (consulté le 04/03/2019).

d’Hennezel-Whitechurch m. – 2007. Plantes médicinales d’hier et d’aujourd’hui. Editions Hoëbeke, Paris : 146p.

de bonneval p. – 2009. L’herboristerie. Editions Désiris, 445p.

doctissimo, Principe actif : Millepertuis. Disponible [en ligne] sur <http://www.doctissimo.fr/principe-actif-2235-MILLEPERTUIS.htm> (consulté le 04/03/2019).

escriva c. – 2015. Les alcoolatures. Editions Amyris, Bruxelles. 353p.

hariot p. – 1909. Atlas colorié des plantes médicinales indigènes. Editions Bibliomanes, Paris : 394p.

Lexpress.fr – 2002. Le millepertuis sacré médicament. Disponible [en ligne] sur <https://www.lexpress.fr/actualite/societe/sante/le-millepertuis-sacre-medicament_497779.html> (consulté le 04/03/2019).

Lieutaghi p. – 1996. Le livre des bonnes herbes. Actes sud, Arles. 517p.

morin j. – 1999. Le millepertuis et ses propriétés antidépressives. Thèse pour le diplôme d’état de docteur en pharmacie. UFR Sciences pharmaceutiques et biologiques, Nantes : 98 p.

mulot m.a. – 1984. Secrets d’une herboriste. Editions du dauphin. 504p.

nahrsted a. & jürgenliemk j. – 2002. Dissolution, solubility and cooperativity of phenolic compounds from Hypericum perforatum L. in aqueous systems. Institute of Pharmaceutical Biology and Phytochemistry, Westfalische Wilhelms-University, Münster, Germany. 4p.

Nature et Progrès – 2005. Cahier des charges cosmétiques. Disponible [en ligne] sur <http://www.natureetprogres.org/producteurs/cahier_des_charges.html> (consulté le 11/03/2019).

Nature et Progrès – 2005. Cahier des charges plantes aromatiques, médicinales et encens. Disponible [en ligne] sur <http://www.natureetprogres.org/producteurs/cahier_des_charges.html> (consulté le 11/03/2019).

Paré a. – 1595. Les oeuvres de M. Ambroise Paré conseiller et premier chirurgien du roy. Gabriel Buon, Paris. 1011p.

rembert doedens d. – 1557. La première partie de l’histoire des plantes, contenant les espèces, différences, forme, nom, vertus et opérations des Herbes. Jean Loe Imprimeur, Anvers : 674p.

rolland m. – 2015. Apport de la phytothérapie dans le sevrage aux benzodiazépines. Thèse pour le diplôme d’état de docteur en pharmacie. UFR Sciences pharmaceutiques et biologiques, Nantes : 179 p.

schneider a. & laberge d. – 2007. Ces fleurs qui soignent. Editions Publistar, Québec. xp.

Syndicat des SIMPLES – 2015. Cahier des charges 2015 feuillet n°1 Production. Disponible [en ligne] sur <http://www.syndicat-simples.org/fr/Le-Cahier-des-Charges.html> (consulté le 11/03/2019).

thévenin t. – 2012. Le chemin des herbes, Connaitre – cueillir – utiliser les plantes sauvages. Lucien Souny. 330p.

wichtl m. & anton r. – 2003. Plantes thérapeutiques. Editions Tec & Doc, Paris. 692 p.

Résumé

Revue bibliographique sur les différents modes d’extraction des principes actifs du Millepertuis dans le but de faire le tri entre les différentes utilisations possibles des formes galéniques variées de cette plante. Comparaison des sources d’approvisionnement pour les différentes formes galéniques les plus couramment utilisées, ainsi que détail des contre-indications dans l’objectif pratique d’aider à une utilisation efficace de la plante.

Mots clefs

galénique, Millepertuis, Hypericum perforatum, Hypericaceae, conte-indications.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

  • par